jeudi 29 septembre 2016

Bölzer : Hero

Si Neurosis était Ekpyrosis était Killing Joke était un Diocletian du Pôle Nord était Caronte était Bolt Thrower était Primordial était Bathory était Urfaust était Jumalhämärä était Absu... Je vais avoir du mal à faire entendre mes cris d'alerte, et à ne point pâtir du syndrome de qui trop a crié "au loup", mais... certains disques vous confrontent vraiment à l'impuissance d'un pli trop pris de toujours employer en guise de vocabulaire des analogies. Dans le cas de Bölzer, c'est la brute et indivisible simplicité, l'entièreté de leur musique, semblable à celle d'un météorite mal embouché, qui défie toute prétention sérieuse à les rapprocher de qui que ce soit, sauf à jouer les pisse-froid et vouloir tout réduire à du déjà entendu ; il faut donc bien que vous croyiez qu'on ne pense en fait à aucun de tous ces groupes, sinon comme on se cramponne au mirage d'une voix qu'on a cru croire entendre, loin au milieu des mugissements d'une tempête aux bourrasques dignes de Ragnarok ; le genre qu'on se fait mal à l'oreille à force de la tendre, avec pour seul résultat de ne pas davantage l'entendre à la fin qu'un ultra-son : avec l’œil d'un esprit en pleine désorientation.
Elles ne sont que théoriques, ou poétiques, les raisons très légitimes qu'on peut trouver de citer chacun de ces noms entassés plus haut, auxquels strictement rien de concret et de trivial (à moins précisément d'être pusillanime jusqu'à la furie) ne relie l'abrupte boule de fourrure rêche qu'est Bölzer : Neurosis simplement pour le caractère (et non les traits) d'étrangeté barbare de la musique que l'on découvrait avec Enemy of the Sun (celle-là aussi, je vais finir un jour derrière les barreaux pour la fréquence à laquelle je la dégaine, et pour avoir l'aplomb chaque fois de prétendre que les groupes sont rares qui la méritent) ; Urfaust pour l'âpreté minérale et l'allégresse sauvage de cette voix dont la rudesse des accents ne laissent guère ensuite à citer d'autres que Lemmy et Jaz Coleman ; et ainsi de suite. Sous un autre angle, Bölzer ne s'apparentera qu'à ces groupes qui n'eurent pas cure de ce qui se faisait ou ne se faisait pas parce qu'ils ne paraissaient pas le savoir, du fond de leur lamasserie au-dessus de l'océan des nuées : Celtic Frost, Cardinal Wyrm, Intronaut, Gigandhi, Valborg, Root...
La musique de Bölzer par l'osmose frappante qu'elle entretient entre une rugosité d'allégresse épique quasi-préhistorique, en tous les cas au moins viking, et une aura qui la fait ressembler à un boulet tombant du ciel depuis une lointaine galaxie, ne me laisse guère d'autre choix qu'en référer encore à Warhammer 40k - mais en même temps : on parle de metal, oui ou non ? - et plus spécifiquement aux Space Wolves, dont le nom seul devrait du reste en dire bien assez à votre imaginaire, quand bien même vous ne seriez pas initié au dit univers - vous feriez pourtant bien de l'être, si vous écoutez du metal. On pourrait encore risquer un Potentiam venu du futur, pour tenter de dire la rudesse débonnaire et lumineuse de la chose ; ou plus simplement peut-être parler de la subjuguante jeunesse qui irradie de cette musique - laquelle réussit au passage, avec son paganisme exalté et tourné vers les seules étoiles, à démanger du besoin de caser quelque part, aussi, une référence à Sixth Comm, ben tiens, vous pensez si je vais m'en priver - y a Dead Can Dance pour le même prix, je vous le mets aussi ?En un mot comme en cent, une musique si totale et totalement épique, si cohérente et compacte dans tout ce qu'elle charrie qu'on a envie de l'étiqueter "metal", tout court et pour faire moins pompeux que pan-metal - avec la nuance que, contrairement à au hasard Mastodon, auxquels on a attribué le même rôle fédérateur, ce minerai-ci vient d'ailleurs, et ne semble pas fait pour unifier des multitudes : plutôt quelques clans illuminés, déjà perdus loin de la civilisation sur leurs alpages.
Ou, en plus court, un disque qui porte bien son nom et la simplicité brusque de celui-ci. Les âges farouches et la fin des temps réconciliés dans un peplum rafraîchissant et désaltérant comme une grande chope d'eau-de-vie de cailloux, enivrant comme courir et bondir au milieu de - avec - une avalanche. "See you on the other side", sont les mots sur quoi l'album s'achève. Le dernier arrivé est un empaillé.

samedi 17 septembre 2016

Cristian Vogel : The Assistenz

Toujours faire confiance aux vieux. Qui a besoin d'Andy Stott et autres Actress ? Quand il suffisait d'attendre (quant à moi je suis très patient, lorsque je suis confiant) que ce cher vieux moineau renoue un peu avec une veine qu'il n'avait plus réellement explorée depuis le surnaturel Specific Momentific - ou plutôt inverse les proportions qui régissent la plupart de ses disques, lesquels contiennent toujours un morceau de techno-ambient frigorifique telle que je l'affectionne déraisonnablement, au milieu de ses nombreuses pistes dans le goût d'un Zen Paradox en plus mental, certes fort estimable et ingénieux, mais moins précieux à mes oreilles, tant Vogel paraît en avoir donné le meilleur cru dès Body Mapping - et nous serve le ci-devant album, où une piste d'abstract-acid pour dancefloor mental paraît à demi égarée au milieu, donc, de tout un album qui semble comme qui rigole remettre au goût du jour - que je ne connais pas, mais le traitement des infra-basses et des rythmiques ici sent au moins autant la modernité et la technologie récente, que la parfaite maîtrise des façons anciennes de faire précipiter le beat pour faire franchir les paliers de réalité, et croyez bien qu'il en faut, de la maestria pour ainsi brouiller les frontières entre Starfish Pool, Laurent Hô et Somatic Responses... brouillard, il s'agit bien de cela, et givre également - la bonne vieille techno de l'ère Mille Plateaux et consorts.
La vérité ? Ça fait zizir.
La pochette, en revanche, beaucoup moins, Cristian ; je ne suis vraiment pas content.

mercredi 14 septembre 2016

The Wounded Kings : Visions in Bone

Le doom (traditionnel, s'entend : je ne vous parle pas de monoriff accordé en tough-drone majeur, c'est triché) peut être une rigoureuse dégelée ; comme se faire démolir à coups de canne par un cadavre en redingote et qui glousse, au détour d'une ruelle dont les flaques scintillent comme dans un conte fantastique. Ou comme on redonne une fraîcheur à l'expression "mettre une danse". Ah çà ! pour valser, ça valse.

La version officielle de l'histoire a beau être que l'album n'était pas supposé être la conclusion des Wounded Kings, difficile de ne pas le voir comme expulsé en tant que tel, tellement sa longue et langoureuse éruption de violence liquide ressemble à un feu d'artifice et un grand rire final, où se condense une énergie suffisante à plusieurs vies d'un groupe, et si celui-ci avait l'intention de continuer après ça, on ne peut qu'être perplexe - et avide - quant à savoir la suite qu'ils imaginaient à pareil disque, même vaguement. Visions in Bone, on ne me l'ôtera pas de l'idée, n'a pour seuls vagues parents que des disques de groupes qui tiraient leur révérence et un feu d'artifice par la même occasion, en plein dans la bouche de leurs auditeurs - nommément ? Ramesses et Pulling Teeth.

dimanche 11 septembre 2016

Wovenhand : Star Treatment

Il aurait dû le faire il y a bien trop longtemps, mais peu importe : il s'est décidé enfin.
Il a rompu toutes les amarres, tout abandonné en plan derrière sans laisser d'adresse ni prévenir personne ; tout ce qui pouvait évoquer le superflu et le bouffi, et ça faisait beaucoup. Il a chaussé une paire de lunettes d'aviateur, un vieux chapeau dont la dolente robustesse paraît avoir surclassé déjà et laissé au cimetière plusieurs propriétaires, acheté une vieille guimbarde décapotable de même trempe, sur le critère principal qu'elle possède un lecteur de cassettes pour y glisser sa seule munition : une vieille compilation de Johnny Cash ; il a jeté sur le siège passager sa seule compagnie utile : un livre de poèmes de Jim Morrison aux pages jaunies et cornées ; et aussi un pochon de mexicains dans la boîte à gants, pour les nuits glacées dans le désert. Il est onze heures du matin, il fait déjà trente-cinq degrés à l'ombre sur la route qui se perd au loin vers l'Ouest des pionniers, vers Joshua Tree et encore au-delà - et il n'y a pas d'ombre, pour s'abriter du regard divin du ciel presque blanc assourdissant. L'heure est parfaite pour prendre la route, comme on embrasse ce même ciel, sur la langue le goût métallique du présent infini.
Pour la première fois depuis des années, Andrew Eldritch se sent bien.

mercredi 7 septembre 2016

Nag : Nag

C'est bien triste à dire, mais la chose en est une mathématique : il n'est pas question d'une insuffisance de ma part, d'une incapacité de mon corps à tolérer ce type de musique (on verra lequel, et comme ce type de soupçon eût pu être justifié) très longtemps - ce qui représente une durée variable d'un jour à l'autre, d'une humeur à l'autre.
Non : chaque fois que je regarde l'horloge de l'album et le titre du morceau qui casse l'ambiance - laquelle ne revient plus jamais - c'est la même chose que je lis : "The Last Viking" - même si un autre pic de navrance dans cette morne fin d'album qu'il inaugure est atteint avec "Ancient Wisdom".
Mais alors, avant cela (piste 8 sur 13 : puisque, n'est-ce pas, on est déjà acculé aux tristes comptes), pardon ! quelle ambiance et quel surnaturel brio virevoltant, dans cette manière de cousin fastcore de Haust, chez qui les morceaux skaters des derniers Ceremony (avant leur virage The Smiths calamiteux, s'entend) semblent brutalement possédés - électrocutés - par la fureur hallucinée de Dodheimsgard.
Ça secoue, à tout le moins. Ce qui s'appelle revisiter la figure typiquement black metal de la tornade gelée qui vous passe dessus - et proposer une nouvelle définition de la fraternité entre black metal et punk rock, aussi.
Les bons comptes font les bons amis, dit-on. A vous de voir si vous êtes amis de Nag.

lundi 5 septembre 2016

Cowards : Still

Tiens : et si cette fois, pour le groupe avec lequel on allait pomper l'air aux Connards, on prenait Plebeian Grandstand ? Après tout, Still joue de nouveau ultra-dru sur le registre black de leur hardcore chaotique (pour le coup je comprendrais presque cet ami néo-zélandais admirateur du travail de Francis Caste, qui rangeait Rise to Infamy quand je le lui ai recommandé dans les albums enfants de Converge : du Converge, à la rigueur dans le noir, mais qui serait resté bloqué sur Hell Militia plutôt que Slayer ?), et puis déjà à l'époque où l'on avait tout d'abord détesté Shooting Blanks and Pills, on avait bieeeen pensé à Deathspell Omega.
Qu'est-ce donc qui fait que, si l'on compare ces deux groupes qui, en exagérant à peine, jouent tous deux du black post-orthodoxe avec des traces fantomatiques de hardcore - l'un nous paraît plus dangereux, menaçant comme une haleine au ras du visage, que l'autre ? Cowards, puisque ce sont eux qui ont ma faveur, non seulement de toute évidence parce que le hardcore y est moins fantomatique, moins en savant filigrane invisible, mais aussi parce que (est-ce seulement autre chose ?) la sensibilité emo - l'émotion, sous sa forme changeante et vivante, car le black metal ne connaît la plupart du temps que le mépris et la momification - elle aussi ; et que c'est cette passion, ce désir, douloureux, qui hurle de partout et se tord dans les fureurs de ses démangeaisons, qui fait tout simplement que Cowards va vers vous au lieu de vous regarder. Plus simplement encore, quand Plebeian Grandstand - pour liquider une référence au bout du compte mal choisie (comme toujours avec Cowards, qu'on a toujours un peu tort de voir comme un groupe qui ressemble autant à d'autres qu'il y paraît) - joue du metal, urbain autant que vous voudrez mais du metal, Cowards joue du hardcore : embroché comme un genre de fakir taré d'autant de tringles d'acier que vous voudrez, mais de hardcore ; si vous préférez, du black punky comme un pou, nuisible comme pas permis, et doomy-aggressif avec ça, au point que décidément, je vais leur lâcher la petite comparaison avec Creeping qui me démange depuis tout à l'heure : la musique de Cowards est pour sûr beaucoup moins portée sur la forêt et le lycanthropisme (quoique... lorsque déboule l'homme du Calvaiire et des chandails pleins de dents, l'abominable petit homme des bois de Laval...) que celle de Pavlovic et sa meute de cadavres aux yeux qui luisent dans le noir, mais certainement pas moins sur les ambiances de lune rousse ; comme qui dirait la traduction urbaine de ce cri de Nazgûl plus sadique que l'original.
Comme on ne va pas passer la nuit, qui va être longue comme toujours avec eux, à jouer à Pif et Hercule (lequel comme chacun sait est renoi et encule Pif), on ne va pas s'emmerder à dire qui est le plus subtil, chacun choisira son camp, entre le savant et le traîtreux. Cowards, donc, brouille les pistes entre hardcore et black metal, à tel point que le nom parisien qu'on va avoir cette fois l'envie de citer n'est pas celui qui toujours leur pend au nez, mais plutôt Aosoth - et même pas tant pendant les blasts, que les coups de freins langoureux qui, Dieu bénissent, sont plus en nombre que jamais, et bien dirigés droit dans le caniveau, lieu dont Cowards avec Still toujours davantage fait son lit, et son décor d'élection, avec un engagement plus entier et fervent que jamais.
Vous me direz, je suis vachement convaincant à vouloir à toute force vous les faire voir hardcore tout en ne citant que des groupes de beumeu ? Pour sûr, s'il faut absolument citer des groupes de punk extrême, il faudra aller chercher uniquement dans les groupes de hardcore funèbre, les Daggers, les Cult Leader et les Early Graves... et au funèbre ajouter le morbide. En même temps, vous êtes au courant qu'y a un mec d'Eibon, chez eux, oui ? On parle forcément de quelque chose d'aussi hybride et insaisissable que plein de dents. N'est-on pas chacun, très ordinairement, un peu plus que ce que l'on mange ? Il y a, pour sûr, quelque chose de la sauvagerie sanguinaire du black metal dans Still, et le même souffle lourd de la bête que chez Creeping, dans les ralentis comme dans les accès de furie, ou le glapissement glaçant des larsens ; du black metal en civil, alors ; car si la violence de Still me fait penser à quelque chose, c'est surtout au paisible dernier plan du Silence des Agneaux, ce soir d'été tranquille dans lequel paisiblement se fond Anthony Hopkins, libre entièrement et vierge, supposé mort ; des gens normaux, sans hypothétique part de ténèbres à purger, aiment-ils à se décrire, et je les prends volontiers au mot, puisque j'aime à croire que la folie est l'état de n'importe qui, temporairement ou pas, qui cesse de douter des ficelles qui agitent la marche du monde ; et pendant les quelques minutes où il vous fait le coup de l'évier, Still vous débarrasse de tous doutes, et vous montre l'absurde mêlée où vous êtes, de juste un peu plus haut que d'habitude, tout en vous susurrant dans l'oreille ses commentaires narquois - il est bien question de caniveau en vérité : de celui où sans le voir on nage sa vie entière : vous voyez, rien de bien surnaturel ou maléfique, rien que de très normal et quotidien. La folie pour autant que le mot ait un sens, germe sur le quotidien le plus normal. Ah, ils n'aiment pas bien non plus les étiquettes et les épingles à papillon qui voudraient les attacher à une musique de la forêt ?  "Paris' most nothing", hein ? Ça tombe à merveille : on parle ici d'une forêt qu'on connaît tous depuis l'âge le plus tendre : loup y es-tu, m'entends-tu, que fais-tu ? Et on connaît tous depuis tout aussi longtemps le plaisir qu'il y a à jouer à ça. Et si Cowards à la fin c'était un truc très simple, candide et naturel, comme de la bidoche ? C'est pourtant pas faute d'avoir été prévenus.
Voilà ; plus prosaïquement on tient là probablement - sans manquer le moindrement de respect aux galipettes dans le verre pilé de Rise to Infamy, à ses dédales de ronces, ses miaulements inquiétants, sa façon propre à lui d'être non moins inclassable, ses riffs hallucinants, tout ce qui fait qu'il mériterait une troisième chronique, BREF - ou à la nuit hagarde couleur gnôle de Hoarder, ou leur ôter quoi que ce soit de leur précieuse valeur - des châtaignes qui constituent la plus décapante salve des chats de gouttières de Cowards : sinon le plus limpide dans ses intentions (restons sérieux : Cowards ? limpides ? d'ailleurs c'est la particularité des mecs normaux, de ne l'être pas, contrairement aux psychopathes du hardcore négatif dont on sait toujours quoi attendre, le pire évidemment et la destruction du monde moderne au petit déjeuner tous les matins pour commencer du bon pied) du moins dans son impact, d'ailleurs si vous êtes adeptes du terme "imparable" et ne le confondez pas sottement avec "tubesque", c'est le moment de le placer, c'est au point qu'à les entendre pour une fois moins retors on les comparerait presque plus légitimement à... non je ne l'ai pas dit : disons que le terme "rouleau-compresseur" décrit assez bien la limpidité dont je vous parle, une fois la chose enrubannée dans du barbelé ; la chose en étant une expéditive et qui pourtant dans les bornes de son format compact parvient à prendre le temps qu'il lui faut pour s'étaler sur ton museau, dont même la preste rouste qu'elle constitue tire d'autant plus de fraîcheur vivifiante de sa concision qui est en fait concentration dans le pilonnage, qu'il se fasse dans les virevoltes où les caresses à l'enclume - et encore d'autant plus par la façon dont elle se conclut, sur ce qui est à la fois un brutal appel d'air faisant oublier (un peu) toute la touffeur qui la précède, et un coup de marteau supplémentaire sur le clou - qui se trouve être posé au sommet de votre tête.


Car bon, voilà : à la fin, il y a la reprise de The Horrorist.
Est-ce qu'on peut, une énième fois et gâchant ainsi le silence qu'on avait réussi à faire sur le fameux nom pour une fois, comparer cela à Kickback, donc, reprenant Geto Boys ? Sûrement, d'ailleurs Kickback a inventé le concept de reprise, c'est bien connu. Mais :
- Est-ce que ce n'est pas autrement plus décoiffant et moins téléphoné comme idée, Oliver Chessler que Geto Boys ?
- Est-ce que ce n'est pas mortellement réussi, cette espèce de groupe de hardcore corrosif, pollué, strident (mon dieu la basse, cancérigène au dernier degré, bon sang ce riff qui n'est qu'une tige de rouille, doux Jésus cette batterie, moqueuse, moqueuse... vous croyez que c'est donné à tout le monde, de jouer de la techno sur une batterie, et que ce soit aussi bestial ? demandez donc à Paul Ferguson, s'il galère pas comme un chien...), qui vous joue de la house à coups de clé anglaise ?
- Est-ce que le morceau n'explose pas, comme on lâche un langoureux renard, de l'appétit carnassier de le jouer ?
- Est-ce que mon cerveau n'a pas vicieusement bien fait d'oublier, dans un de ses recoins poussiéreux, que les ladres m'avaient confié vouloir la faire, en certaine brumeuse nuit dans les montagnes - afin que je puisse profiter à plein (fouet) de l'extatique surprise de reconnaître les premiers mots de la chanson ?
- Est-ce que leur version n'est pas au moins aussi glauque et horriblement réjouissante que celle de l'affreux Monsieur Chessler ?
- Est-ce que la chose n'était pas faite pour eux et pour le ton, dans tous les sens du terme, de leur odieux guitariste ?
- Est-ce que la chose n'est pas salissante comme du DJ Rush en très grande forme ?
- Est-ce que rayon hardcore, ça se pose pas juste un peu là - comme une tête de chat mort énucléé ?

A toutes ces questions, la réponse est : PUTAIN, OUI.
En voilà du Grand Méchant Loup de la forêt de gratte-ciel, pour clôturer à point un petit disque, brusque comme une mandale, avaleur comme une bouche d’égout, bien à l'image d'une journée dans une grande ville.

A part ça, on trouve également une reprise de Police, sur Still ; je ne dirai dessus rien, je ne connais pas l'originale, mais elle ne PEUT PAS ressembler à ça, c'est une chose sûre ; ne serait-ce que parce qu'elle déchire.
On n'y trouve pas toutes les autres, de reprises, qu'ils m'avaient confié comploter, ladite nuit dans les bois, et sur lesquelles je continuerai donc de préserver un secret de conspirateur en espérant qu'elles voient le jour.

Sordide : Fuir la Lumière

Comme il faut bien partir de quelque part (de même qu'on se lève le matin, du pied qui vient et non en se livrant chaque fois, en guise d'obligatoire ablution préliminaire, à une méditation en règle sur l'état des lieux de l'humanité depuis les origines, et après avoir dûment pris une position philosophique claire et ferme en conséquence), non seulement pour aborder une chronique autour d'un disque (on ne chronique pas les disques, à mon sens, pas comme on en fait le banc d'essai dans la presse automobile et le webzinat), mais également pour aborder la rencontre avec un album : bien figurez vous que j'ai justement, peu de jours avant d'entendre Fuir la Lumière la première fois, enfin remis la main sur un exemplaire du As Happy as Possible des Thugs, que je n'avais plus eu l'occasion d'écouter depuis une vingtaine d'années au jugé. Et que j'ai trouvé cela un heureux hasard.
Que Sordide jouent le black comme on joue du punk, ce n'est pas à rappeler... sauf si c'est pour le dire différemment, l'observer sous d'autres angles ; en concert par exemple, on dirait du punk ouvragé, sans perdre un iota d'hivernale fureur, voire le contraire, par... les gueux érudits de musiciens qu'ils sont après tout, du punk médiéval savant, minutieux autant qu'il est écorché vif, bref : on n'est pas là pour parler des concerts de Sordide (qui sont très très bien, j'en ai vu deux, merci), quand bien même Fuir la Lumière leur ressemble beaucoup. Et donc, il y a quelque chose, si lointain soit-il, des Thugs chez Sordide, dans la cousine façon de faire de l'extrême avec des émotions un brin rustres et grises, et pourtant riches en granulosité, de donner justement un grain invraisemblable, vertigineux, qui vous engloutit, au terne désespoir des provinces d'en France...
Disons comme quelque chose qui serait à une hasardeuse intersection d'un certain noise-rock écorché, et de The Arrival of Satan. Car, n'est-ce pas, même le vieux fou que je suis ne viendra pas vous soutenir qu'il y a tangiblement du Thugs ici, même en ne gardant comme il était sous-entendu que les morceaux les plus obsessionnellement répétitifs et stridents qui, on s'en doute, ont ma préférence ; et Sordide descendent fouiller dans d'autres émotions, rien qu'un peu plus féroces... mais d'un autre côté, le dernier (et seul que je connaisse) album de T.A.O.S me fait irrépressiblement penser à Kill the Thrill et au son limite industriel du noise-rock corrodé de la France des années 90, encore à peine fraîchement émergeant de la scène alterno : on n'en sort pas. Sordide, indiscutablement, est un groupe de black metal unique, l'étant assez pour évoquer la quintessence du true - alias le vieux Darkthrone - tout en parvenant à faire jaillir de ces trémolos, non pas les habituelles images de blizzard, mais celle d'une cruelle pluie bien française qui vous mine le moral jusqu'aux os et qui font tomber la nuit sur le plein midi : là-dessus, pas de doute sur la présence du guitariste d' Earth's Disease et de sa calme tête de mule, de sa singulière façon de valser dignement bourré, même si elle n'est pas tout à fait la même ici non plus, vu que la section rythmique, différente, n'est pas constituée de petits caractères. C'est du reste un peu cela qui rapproche un groupe comme Les Thugs de The Arrival of Satan, cette capacité à vous plonger dans le vif du vécu, au cœur du quotidien, au ras de sa texture, au plus près de son ressenti crépitant sans début ni fin - plutôt que de vous dresser les grands tableaux pompiers du metal. Le quotidien sans fin est bien autrement sans merci que tous les tableaux volés à Gustave Doré ; on me rétorquera que les dragons et les démons sont des métaphores ; je répartirai que Sordide est trop las et ulcéré pour les métaphores merveilleuses et leur onctueuse politesse.
La crudité, à commencer par celle de leur sonorité si proche du noise rock (mais aussi tout simplement le caractère patibulaire en soi d'un morceau comme "L'Ombre", qui relève d'une menace dont peu de beumeu est capable : cette partie de basse, c'est quasi du Unsane... mais sous les traits d'une cadavérique et médiévale maigreur inconnue de ces derniers, et puis quant aux stridences de scierie qui nimbent son commencement, et à ces macabres tambours de conclusion... bref), est ce qui caractérise Sordide, bien plus qu'elle ne le fait des grimés qui enregistrent leurs répétitions depuis la grotte d'à côté ; le ton sur lequel ils s'adressent à vous, la couleur de ce dont ils vous veulent abreuver. D'un point de vue métallistique, attention, Sordide sont sur-crédibles, et administrent une raclée en règle comme on n'a pas si souvent l'occasion d'en manger. Mais ils dépassent de ce strict cadre, respirent bien trop grand, avec trop d'appétit et de rage pour s'enfermer dans un carcan de métaphores, de champ sémantique obligatoire, de ton, de ce que vous voudrez - est-ce qu'on dégueule dans les pointillés ? - que ceux-ci ressortissent au true black, au black'n'roll, au black punk, au punk rock, ou même au post-black, dont on trouve çà ou là quelques éclairs d'effronterie, comme en passant, juste parce qu'il n'y a pas de frontières si ce n'est pour les piétiner avec ses boueux godillots de gueux... De ce point de vue, pour sûr Fuir la Lumière donne un nouveau sens - et ce qui importe plus : une nouvelle fraîcheur à la dénomination "raw black".
A tout prendre, c'est mieux ainsi : sans la précision "metal", qu'elle soit au sens stylistique que comme stricte notation de matière, même si on en trouve des textures (car Fuir la Lumière est aussi métal que l'est une scie) : on est davantage dans la rouille, ce qui m'arrange, puisqu'elle est l'étreinte de la pluie et du métal et puis aussi que cela nous rattache à certain grandiose morceau de Darkthrone, datant de pile la période où ils faisaient la jonction entre true black et punk (tiens, on n'a pas parlé d'une scie à l'instant ?) - seulement le noir, couleur de l'orage qui vient, et pour le qualifier le cru, l'amer - et l'acide aussi, parfaitement, ce n'est pas pour rien qu'on parle des limites des métaphores - lesquelles, on l'a dit, concernant Sordide, qu'on imagine volontiers faisant des lettres de la manière dont Amebix forge ses propres armes... Quel besoin, du reste, de métaphores obscures, qu'elles soient la dépravation ou la démonologie, quand vos desseins et vos dégoûts sont si explicites, l'obscurantisme si grimpant autour de vous, vos démons si réputés, et le black metal par ses seules harmoniques symbole si parfaitement approprié - la rébellion, ça vous dit quelque chose ? Fuir la Lumière, il s'agit bien de cela ; rappelez moi comment on appelle le Moyen-Âge ? Bref.
Vous aimez les raccourcis expéditifs et percutants ? S'il était un disque nommé Colère Sardonique, écrit en France en 92 (loin de moi l'idée de dire que la province c'est 1992, hein ? n'empêche que mes potes vieux punks de Saint Etienne aiment beaucoup Sordide) sous le coup de prophétiques hallucinations sur le millénaire à venir et sur la Géhenne où la course du Saint Progrès allait nous enfoncer, à en faire paraître riante la nuit yuppie des années 80... il ressemblerait étrangement à Fuir la Lumière ; en moins tortueux ; en moins littéraire. Non, ce n'est encore pas cela, décidément : Sordide contient bien trop de choses, dans son black metal qu'on a envie de bombarder black metal de rue, mais alors de ruelles aux figures de sentiers, plus inextricables et inquiétantes que toutes les forêts du black à chapeau pointu, trop d'obscure enluminure encrassée et pourtant déliée, dans sa brusque simplicité de tous les instants, instille bien trop de fantastique dans les brutales bouffées de quotidien dont il nous fait partager l'acuité pareille à celle d'un tapis d'éclats de verre... pour ressembler à autre chose que du Sordide.
Laissez vous donc griser par l'odeur de la curée et du carnage, qui vient.

vendredi 2 septembre 2016

Okkultokrati : Raspberry Dawn

Pas de suspens : hallelujah, il est là. Le nouveau grand petit groupe goth à cran d'arrêt, statut qui semble maudit puisque déjà The Horrors et The Eighties Matchbox B-Line Disaster semblent avoir succombé de ses suites - ah, pardon, on me signale que The Horrors ne sont pas morts... j'avais pas remarqué ; il paraîtrait même que zZz non plus. Iceage ? Pas tout à fait en règle pour être licenciés de la fédé - mais ça n'empêchera pas Okkultokrati de les bouffer tout crus. Bref, et avant de déflorer trop la suite : ouf, on ne sera pas en désespoir de cause obligé de se rabattre sur les gentils bègues de Pop. 1280.
Bref, évidemment Okkultokrati n'aura pas exactement les mêmes ressorts que l'un ou l'autre de tous ceux-là, et ne nous fera jamais, c'est sûr, un  Skying - quoique... Raspberry Dawn batifole plus d'une fois dans les pâturages d'un rock'n'roll grade "âge d'or" tel que peu d'autres hormis Lecherous Gaze savent en accoucher aujourd'hui - et pour autant reste goth jusqu'au bout de ses ongles aussi endeuillés (goth, punk, je vous refais pas le powerpoint) qu'ils sont noirs ; sans en rien renoncer - cette question : juste un combustible de plus bienvenu dans le Grand Accélérateur - à ses envies de cold clinique, entre Seventeen Seconds et Melting Close, avouées sur Night Jerks - mieux : en les fondant carrément (en émergeant puis y replongeant, comme qui rigole, facile comme un dauphin, dans ces eaux glaciales) à leurs morceaux nouvellement incandescents de ce pur extrait de pan-rock'n'roll solaire, pareil à l'oiseau d'or en fusion de la pochette de The Ascension Attempt : comparez ça à Primary Colours de qui vous savez s'il vous chante, mais niveau soul de congélateur avarié avec fuites du réacteur nucléaire (en cherchez pas dans le commerce, de ceux-là, contactez-moi directement en privé), on est bien au-delà cette fois des habituelles comparaisons à Second Layer et Clockcleaner, on monte même avec "Hard to Please, Easy to Kill" encore plus haut sur ses ailes en feu que le susdit piaf, là où l'atmosphère s'effiloche et le ciel devient indigo et vous dépiaute par lambeaux de chair pantelante de joie, dans une orgie ultra-violette (quand je vous disais que, finalement, Skying n'était peut-être pas hors de leur portée... en fait on y est en plein, en croisière psychédélique ; simplement avec pas tout à fait le même calibre de fièvre) où après tout ils retrouvent, comme on se réunit avec sa moitié d'âme, leur part de black metal, à son état gazeux le plus jovialement chacal ; ensuite, vous allez bien rire si jamais vous avez le malheur de penser à Pop. 1280, en entendant la monstruosité de "Hidden Future" : pas besoin de jouer les méchants et les rampants - pas le temps surtout, quand on a autant d'amour à donner, et d'aussi longs crocs pour le prendre - même pas besoin non plus de donner dans les gros appels du pied à l'EBM, lorsqu'on possède une voix EBM dans l'acception la plus punk de la chose, lorsqu'on sait changer le rock en EBM frénétique : pas davantage qu'il n'est besoin de surjouer l'insolence lorsqu'on possède l'insolence du talent, à échelle aussi astronomique... Et de virevoltants sauter sur un nuage juste à côté qui passe, qui a les yeux de Robert Smith, partir en un vol plané aux allures de shoegaze, dans pourtant l'euphorique stupeur de quoi l'on croit entendre des voix angéliques qui vous caressent d'aussi rassurante façon que du November Növelet - cependant que le morceau continue narquois, ruisselant de feu vital, ses cabrioles rock en plein ciel... et de disparaître, à la manière dont on pousse d'un coup le levier de la propulsion dans le rouge alors qu'on croyait déjà y être depuis longtemps, et se décolle la peau du crâne : dans une grisante traînée de wave-a-billy, comme une version apollinienne d'Alien Sex Fiend ; intitulée "Magic People" : sans commentaire, bandits. Tout le monde sait que l'extase peut être une sensation aigüe et pénible, mais ce n'est pas ça qui rend la chose moins dure à traverser chaque fois ; un peu comme les orgasmes de deux heures de long.
La new-wave à l'échelle prométhéenne : pour sûr, l'âge d'or d'Okkultokrati est juste un peu plus vaste que le tien et que celui de la plupart des groupes, et Raspberry Dawn est de ces albums qui d'un coup viennent rendre visible une trajectoire qui y a peu à peu mené, et dont l'éclat éblouissant rejaillit sur le lustre déjà solide de ce qui l'a précédé - non content d'être en soi un album monstrueusement tubesque (grade "irréfutable" et gravé instantanément dans le marbre) et varié sans pour autant une seconde donner dans le collier de gimmicks alignés avec une absurdité managériale, sans cesser un instant d'être Okkultokrati jusqu'au bout des dents, ce groupe de punk surnaturel pétri de black swamp devant lequel on a pu s'émerveiller avec Snakereigns.
En fait c'est simple, Raspberry Dawn est une fusée à réaction alchimique, l'express éblouissant de cuivre qui relie les sixties tout droit aux eighties - et continue sa course de comète vers le futur, vers des extases encore inconnues, tout droit au fond du noir abrasif du cosmos. Ou aussi bien une qui relie l'enfance et sa violence de joie, sans étape, aux appétits les plus madérisés du fauve adulte. Une sauvage crise d'euphorie, au niveau de la fureur de liberté que Sheep on Drugs avait atteint, comme un palier radieux, une vision d'un futur fait purement de musique, sur One for the Money ; une rafale, une farandole d'attentats à la pudeur qui vous colle au siège du début à la fin, à en briser tous les os, vous laisse avec tout le corps balafré de brûlures d'azote liquide, un sourire crispé de douleur dans les mâchoires, et les pupilles noyées dans les étincelles framboise de cette aurore (wowowow, je l'ai même pas faite exprès, celle-ci) après laquelle vous ne serez plus jamais tout à fait le même. Plus grand que n'importe quoi. Juste comme est censé être le rock. Qui a besoin de post-punk ? Le punk est bien vivant et il t'embrasse bien fort.

lundi 29 août 2016

Various Artists : Ancient Meat Revived

Où comment des groupes dont le metal à la base est assez goûtument comparable à du Cold Meat Industry (Grave Upheaval, Temple Nightside, Antediluvian...), à de la coulée d'azote liquide ou à des monceaux de terre, et peu porté sur les riffs au sens "hélicoptère avec mes cheveux" du terme, se mettent, pour l'occasion d'un hommage à CMI, à jouer du riff gentiment épique, bien lisible, et du tambour qui te fait regretter de n'avoir jamais acheté la bande originale de Conan le Barbare.
Ce doit être une très vilaine manœuvre de mauvaise foi pour tenter de démontrer qu'en fait, au jeu du cékicé qui est le plus sombre, c'est le metal qui gagne. En tous les cas ça fait de rigolos petits morceaux de dungeon-synth sans synth, dans la discographie des groupes concernés. Pour qui, en revanche, espérait entendre ce que les capacités d'étouffement du metal néozed pouvait apporter à une musique déjà très étouffante telle que celle, au  hasard, d'In Slaughter Natives : c'est raté.
Peut-être - attentes, pré-conçues, pré-conscientes, encore, toujours... - est-ce qu'on espérait juste que lesdites outre-profondes guitares viennent jouer un rôle humblement décoratif dans la supposée suzeraineté obscuristique du matériau de base - et n'a-t-on pas réalisé que cela, on le tenait déjà, fait qui plus est de fort belle manière lustrée, sous la forme du dernier Of Darkness. Le résultat obtenu ici, donc, et qui semble assez homogène, est tout autre, puisqu'il ne ressemble trop facilement ni à la matière d'origine, ni aux rendus accoutumés dans ce type de metal evilémental ; bien plus true black que ne l'ont jamais été les groupes concernés, sans être pourtant proprement dit l'absolu du true black dans toute sa pureté, mais... enfin, le son de Linköping a toujours été un cousin du necro-spiritual norvégien, aux hivernales révérences assez voisines, et il n'est que de repenser aux flous artistiques et autres malentendus de l'époque, quant au passif des membres de Maschinenzimmer 412, ou aux ganaches des Mental Destruction - ou même à l'amoureux accueil réservé par mes amis en cheveux de l'époque aux disques d'Arcana - pour avoir finalement la sensation de retrouvailles longtemps attendues en rêves, devant ces morceaux qui finalement ne sont surtout décevants que parce qu'ils ont toujours été là en filigrane, et chéris à ce même degré, malgré une évidence moins flatteuse pour l'ego que l'innommable boue de nécro-infrabasses qu'on aurait voulue être le sexe de l'enfant.
En vérité c'est une époque que fait revivre cette irrésistible compilation, en se permettant même d'en restaurer pour en faire reluire bien fort et bien grandiose les couleurs.


mardi 9 août 2016

Ghold : PYR

Comme qui dirait que Ghold ressemblent de plus en plus à Neurosis, plus précisément à Enemy of the Sun, et plus précisément au milieu de ce dernier, là, la partie encore plus âcre et désagréable que le reste - et encore plus précisément au coin en bas à droite de l'arrière de la pochette de l'édition originale : le logo Alternative Tentacles, voilà, vous y êtes.
Quand la très grande majorité de leurs héritiers prend Neurosis pour un groupe mélodramatique, emphatique, quasi-lyrique, il est bon d'en tenir un qui se rappelle que Neurosis - lesquels l'ont un peu oublié aussi - a été un groupe qui vous déverse des brandons, de la cendre et de la limaille de merde direct dans le cerveau par les canaux à cerumen ; un groupe qui vit dans la poussière d'un bidonville de Calcutta ou Bombay. Ghold sont tout sauf un groupe à riffs ; bien plutôt une version cauchemardesque, obèse et sacrée de Lightning Bolt (oui car après tout, pourquoi pas un groupe de noise rock, puisque le genre est poreusement limitrophe autant avec le rock industriel qu'avec le psychédélique ?) ; et PYR une liturgie qui consiste à cogner comme un sourd, à battre comme plâtre jusqu'à vous en faire gicler l'âme du corps, comme on la vomit par les pores à longs jets d'urine trouble à en charrier des copeaux de rouille.

samedi 6 août 2016

Den of Apparition : Uncanny Din

Den of Apparition se montre maître à ouvrager une linéarité dont sont capables bien peu de métalleux, frappés fatalement qu'ils sont de complexe du musicien, doté d'un instrument et incapable de rester quelques secondes sans le tripoter un peu partout pour jouir de la sensation de construire, de composer ou que sais-je encore ; il y a, de toute évidence, du Godflesh chez Den of Apparition - déjà, ce n'est pas ce qu'il y a de plus metal et de caractéristique du complexe que je viens de dire, surtout qu'on parle, plus précisément, presque exclusivement de ce beat typique d'une intro de morceau sur Streetcleaner, celui qui ressemble au halètement ou au pouls impossiblement haché et dératé d'un cauchemar, qui bat comme un tambour de guerre, et à la rigueur quelques unes des filandres de dissonances vagissantes ou glapissantes qui çà et là le traversent comme des spectres malades - et aussi assez probablement du Impetuous Ritual, ou du Antediluvian ; mais il y a surtout beaucoup de Cold Meat, du Mental Destruction, du Archon Satani et du MZ.412, bref du death industrial - voire carrément de l'ambient rituel dans le goût de Cranioclast - qui sait s'étaler comme le mercure, et marteler inlassablement au même endroit, aussi longtemps qu'il y faut pour obtenir l'effet souhaité - la soumission et la dissolution, et certainement pas de composer, croyez moi.
Il s'entend également ici, par-dessus, par-dessous - partout - l'indécent feulement de la bête, un souffle frigorifique plus long et vaste évoquant Mortal Constraint, ce qui dira bien assez combien, si ce n'est pas une découverte (on a bien cité les auteurs de Through the Cervix of Hawwah), du moins c'est un saisissement d'entendre comment d'aucuns peuvent pratiquer le metal comme on fait l'ambient du meilleur tonneau - celui qui s'avère, en dépit des idées reçues sur l'appellation, bien plus mouvementé et périlleux que bien des musiques plus structurées, articulées, que sais-je encore : une course effrénée pour son intégrité mentale à travers les corridors de la plus abjecte panique glacée peut se révéler tellement plus nourrissante pour l'esprit...
Le fait que ceci n'ait pour l'heure qu'une existence digital freine mécaniquement l'enthousiasme ; et pourtant on se retient avec peine qu'on retrouve ici ce qu'on a plus ressenti aussi franchement avec Blut aus Nord depuis pas mal de temps, le réalise-t-on brusquement, ceci dit sans rien enlever au fort capital sympathie de leurs derniers disques : c'est assez dire du potentiel suggéré ici, sur le registre "plongée brusque dans l'outre-monde".

vendredi 5 août 2016

The Blood Brothers : Young Machetes

Le disque qui révèle The Blood Brothers comme le groupe qui reprend le flambeau de Jane's Addiction, Faith No More et At the Drive-In ; en invoquant sur sa trajectoire incandescente le Queen d'A Night at the Opera, les concerts de Foxygen, Matthieu Chedid, le Manson de Mechanical Animals , Hesitation Marks en version Woody Woodpecker sous LSD avec le Robert Smith des parages Head on the Door/Kiss Me à la direction de l'orchestre...
Spazzcore, queer, cartoonesque, légèrement cabaret forcément quand bien même moins que Crimes : tout en somme pour taper sur le système en deux-deux ; et pourtant ils en font juste de la pop comme elle doit être - soit une comédie musicale effrénée et dansante, un feu d'artifice de couleurs, et des émotions tout aussi fruitées y assorties ; juste en un peu plus abrasif. Du glam avec le feu de ses quinze ans, du punk au même tarif.
Et puis, faire d'un cartoon une expérience musicale aussi brûlante, à part Jim G. Thirlwell et Dixie Collins, qui ?

lundi 1 août 2016

Hipoxia : Si Devs Esset Occidendvs Erit - Monvmentvm ab Khaos I

Au niveau de ce que l'objet suggère et charrie - vous savez aussi bien que moi combien ça compte - force est d'admettre qu'on part mal : entre la pochette, le nom et le titre, on a le Destruction Ritual de Krieg, tout le black dépressif et le power electronics qu'on peut rêver ne surtout pas écouter, on imagine le truc qui vous fourre avec insistance ses lames de rasoir soigneusement couvertes de rouille et de sang frais sous les yeux...
Mais in extremis avant de passer son chemin bien vite sans y risquer un poil d'oreille, on achoppe sur le mot qui change tout : Espagnol. Et puis en la regardant de plus près cette pochette, au-delà de son académisme placide, bon reflet de celui de surface de la musique y contenue, elle a quelque chose, qui achoppe lui aussi, qui intrigue et invite à y rentrer, dans cette église saccagée ou juste abandonnée par qui, ou ce qui, la squattait, ne sait-on mais déjà se sent-on démangé de savoir... Le piège vient de s'ouvrir, et de ronronner vous y voir entrer ; presque tout est déjà joué.
Si jamais vous avez voté pour l'hypothèse "cette église a été rongée par une étrange infection", toutefois, vous êtes déjà plus avancé sur la voie de ce que vous allez découvrir ; je ne suis pas sûr que cela change fondamentalement l'issue, cependant - à savoir votre certitude à la fin d'avoir été infecté vous aussi.
Non plus qu'y change beaucoup de savoir qu'il n'y a rien à trouver ici des suggestions énumérées en préambule : SDEOE est un album de sludge - cette musique aussi languissante, voire langoureuse, qu'elle décape la chair sur la carcasse à vue d’œil.

samedi 30 juillet 2016

Converge : All We Love We Leave Behind

Bien sûr, que le disque a, pas qu'un peu, des allures de Big Converge Show de l'emoSlayer Violence Héroïque - déjà vu Jake jongler avec son micro ? déjà vu la dégaine de tough Dave Grohl de Nate Newton ? alors vous voyez ce que je veux dire.
N'empêche que ça marche. Les aspirations stadières, abordées, différemment mais notablement, sur No Heroes autant que sur Axe to Fall, sont ici totalement endossées et engrangées dans une disposition globale de maîtrise totale de sa palette et de sa musculature - ce qui veut dire qu'enfin, après les deux maladroits albums précédents, on retrouve l'incisivité et le venin qu'on est en droit d'attendre de Converge ; mais nouvellement mariés, pour un mieux-disant décoiffant, à une véhémence pop qui ridiculise instantanément tout ce que après quoi Trap Them court désespérément pour l'avoir tenu brièvement le temps de Darker Handcraft. - sauf que Converge, dans leur recette magique pour faire de l'entombed-pop, ajoutent une bonne épaisseur de peau de citron étiquetée Kill Sadie : ça relève drôlement , ça donne du peps comme on dit dans le jargon télé-culinaire, ça évite l’écœurement si prompt à se déclarer devant les plâtrées rockin'swedecore ; et puis ils ont Ben la Bourrasque, c'est à dire la réincarnation de Des Kenzel en stroboscope : ça change pas mal de choses, lorsqu'il s'agit de passer au palier supérieur, celui où on est tout seul à surplomber les autres, kiltran.
Ca n'est pas aussi traumatisant que You Fail Me et When Forever Comes Crashing, qui restent intouchables d'ailleurs cela même Converge le savent, et ils n'y touchent pas ; mais ça met la super patate et l'envie de mordre, éventuellement sa propre jambe, à égales doses.

lundi 25 juillet 2016

Mizery : Absolute Light

Chacun voit midi à la porte de sa propre culture : certains vous diront Leeway, d'autres Cro-Mags, d'autres encore Killing Time ; et moi avec ma crasse ignorance je voudrai vous faire entendre ici expansé à bloc le peu que je trouve de bien dans les vieux Biohazard (même si, du peu que je connais de Killing Time, j'irai sûrement pas dire le contraire).
La vérité - ouais moi j'la connais, comme disait Charles - c'est que Mizery jouent du thrash post-nuke, comme Power Trip, sauf que leur badlands à eux se situent notablement plus au Nord, via cette façon de sonorité tellement froide et tellement ferrugineuse qu'elle en dépasse le simple gimmick pour faire "nineties à donf", et se hisse même à la hauteur des meilleurs machins qui se foutaient de la limite avec l'industriel, pendant précisément lesdites années (sérieusement, si le riff du début de "The Hard Goodbye" est pas pile à l'endroit de la SF où thrash et indus ne sont qu'une seule et même acide chose ?) : on frise la thrash-cold par endroits, dans un savoureux entre-deux entre Godflesh et le Therapy? de Judgement Night, ou entre Kill'em All (en v'là un autre, tiens, de disque des badlands post-nucléaires), les vieux Amebix et le premier Faith No More. Froid est le maître-mot ici, tu peux le dire mon cochon. D'ailleurs les vingt-six minutes de l'album paraissent longues, pour peu qu'on le suive un peu de loin - et il s'y prête - tellement chaque note en paraît congelée, dévitalisée par une forme de gangrène ferrugineuse, paumée dans la réverb, désespérée, dissoute dans la limaille geordienne (quoi ? fais pas l'étonné je t'ai prévenu, j'ai dit FNM et j'ai dit Godflesh) des guitares... quasiment du hardcore d'ambiance, t'as tout compris, immersif comme un petit film ; où tout même l'aboiement des molosses a le goût de l'aluminium et la couleur du béton noir de pollution tout pissé de pluie sans fin. Le pied.

Du coup le disque répond à cette grande question, qui j'en suis sûr te taraude la nuit : qu'est-ce que j'aime dans Biohazard ? Le Killing Joke qui s'ignore. War dance, ma gueule.

samedi 23 juillet 2016

Fange : Purge

Y a pas photo : voici venir du sludge, certifié misère ricanante et qui bouche les artères.
Pourtant cela ressemble sourdement à du Converge, ne serait-ce que (pour ne pas encore et toujours citer When Forever Comes Crashing et The Poacher Diaries) dans la voix de Matthias, laquelle sonne comme Jacob Bannon qui aurait avalé le groupe - tout le line-up, oui - de beumeu parisien le plus dépravé et SM que tu peux imaginer dans tes coupables rêves ; puis à du Diapsiquir aussi dans certaines plaintes de guitare (c'est bien simple d'ailleurs : avec Purge et le prochain disque de Cowards, on a la vivifiante impression que deux groupes au moins, ce qui suffira amplement, ont digéré l'héritage s'il y en a un à faire du jeu et du ton de Toxik Harmst, et savent, plutôt que le réciter absurdement, en tirer le strict nécessaire du suc sans les défauts et auto-complaisances), au passage, puis à du Entombed en mode bourrée du bourreau, et à du larsen glapissant de maître du scalpel contaminé... Y a même un morceau qui démarre sur une rythmique traînante à la lisière du trip-hop, embraye sur un riff-lézard elwizardien... avant de virer à nouveau au Bunkur de backroom.
Purge ressemble surtout au hideux ruisseau qui s'écoule de l'arrière-cour du boucher, entre les pavés, vers l'égout ; au remake de Videodrome dans l'Yonne, par Gaspard Noë (celui de Carne, pour rester dans le même genre d'intitulé, tenez) ; Purge vous suffoque d'envie de vous vautrer dans le sang, la tripe, le boudin, les tentacules et la merde la bouche ouverte, pour les baiser, les boire ou s'en gaver comme une oie à en avoir les organes qui éclatent, on ne sait - du diable si on s'en soucie ; Purge, on s'y adonne à l'aveugle, comme à un bas penchant, à une pulsion, on s'y ouvre de toutes ses terminaisons nerveuses, les intérieurs à l'air, on s'y colle-serre comme si on pouvait se faufiler dans la moite mêlée de boyaux de son illustration de couverture, et bien vite on se fait, se mélange, s'amalgame à son ardeur nauséeuse, à sa bestiale absence de grâce et de chichis intelligents, à ses façons directes et sans fard, à l'homogénéité délicieuse qui se cache derrière son apparente difformité, à sa visqueuse pente. Wolverine blues goes to hell.

mercredi 20 juillet 2016

MoRkObOt : GoRgO

Sérieux ? Lightning Bolt ? Un seul Lightning Bolt n'est-il pas déjà assez épuisant, faut-il vraiment que d'autres groupes en jouent aussi ?
Soyons honnêtes, c'est la pensée qui m'est venue immédiatement aux premières notes de GoRgO, et a failli être cause que je passasse à côté de la dernière partie du disque, dont nous parlerons sûrement plus bas. Heureusement, en insistant rien qu'un peu on discerne bientôt, sous l'éreintante cavalcade de l'aigrelet et des riffs qui décapent l'émail des dents, une joviale élasticité digne du Primus des Mers de Fromage et du Soda de Porc, voire d'un Meshuggah qui se serait enfin décidé à se lancer plein pot dans la musique de kermesse, envoyant comme des quilles dinguer Chrome Hoof et Don Caballero sur son passage de taureau folâtre.
Oui, MoRkObOt démontre un talent non pareil pour rendre tout festif, même les riffs paraissant joués à la perceuse - en plus de ce talent, non moindre mais qu'il partage avec au moins les deux groupes sus-cités, pour brouiller de magique façon la distinction entre funk et metal (oui : metal, puisque GoRgO l'est au moins autant que le dernier Lightning Bolt ; metal comme des copeaux de métal qui se constituent en essaim de frelons), chacun effaçant ses défauts pour un commun mieux-disant aussi ultra-compact qu'ultra-bouncey. C'est même probablement ce que MoRkObOt, au moins ici, possède de plus que les autres groupes italiens labourant dans un champ similaire (jazz-core ou ce que vous voulez) : une manière d'art de la juste mesure, aussi étonnant soit-il pour une musique qui doit posséder au moins les apparences de l'euphorie sauvage la plus débridée, un savoir-garder le cap, qui est impératif lorsqu'en tous cas l'on ne possède pas le sang africain de Mombu, à qui tout ou presque est permis - contrairement à Zu, qui ennuie facilement... ou MoRkObOt sur l'album antérieur que j'ai connu, et qui avait fini à la revente - lorsqu'il s'agit de battre la campagne en sautant comme un chien fou... tout en - rien n'est aussi simple, petits malins - ne se verrouillant pas de trop dans une trajectoire de char d'assaut - ce qui arrive également à Zu, mais vise surtout Shining, pour laisser un peu les Italiens tranquilles. Et GoRgO, toujours aussi étonnant soit-il, et peu apparent au début, des écoutes et du disque - mouline une musique aérée, oui Monsieur, dont le funk dru et d'acier pourtant se respire, contrairement à l'importune neige de copeaux tourbillonnants qu'étaient leurs disques précédents : au cas où vous vous demandiez si je voulais dire qu'on pataugeât ici dans une flaque de gentille médiocrité façon Zolle : on n'a pas par mégarde cité Don Caballero, dont MoRkObOt rappelle la façon de ne jamais oublier, cependant qu'on joue les papillons papillonnants, de régulièrement aplatir ceux qui restent cloués au sol, à grands coups d'écrase-merde.

Vous dites ? Et la fameuse dernière partie ? C'est celle où (avec le grondant "Ogrog", et son genre de deathcore gonflé à quelque hélium muté) l'on s'aperçoit que depuis en fait quelques minutes déjà, subrepticement l'orage s'amoncelle au-dessus de la kermesse, sous le couvert du crépitement général, que les joyeux droïdes qui emportent tous dans leur toupie depuis le début commencent d'avoir les dents qui poussent et le regard qui se fige dans une fixité dangereuse, et que Meshuggah commence à ressembler à Flowers of Romance (revenu du futur), le groove permanent autant qu'il est disloqué de prendre de bizarres reflets broadrickiens, le tout bien entendu sans jamais avoir la politesse de franchement et explicitement verser dans la déclaration d'ouverture de la bagarre ou la curée, d'ailleurs bientôt les voilà qui, on ne sait au juste si pris au piège de leur propre pouvoir électro-magnétique de griserie, ou à la façon d'insectes engourdis par la montée de la nuit, commencent de se perdre dans l'étourdissement, la torpeur, la stupeur et toutes ces sortes d'états éclairés et d'entre-deux ; et que Flowers of Romance commence à ressembler à Heavy Lids voire Ghosts, d'étranges barrissements mi-plaisir mi-angoisse de s'élever du brasillement qui s'apaise, jusqu'à ce que peu à peu le disque semble s'éteindre - sans s'éteindre, justement - se clore - sans se clore, justement - sur une lente et molle pluie de lucioles, une ascension de chuchotis mi-menace mi-promesse enjôleuse, au point que tant qu'à faire dans la référence italienne on imaginerait presque une version à l'érotisme plus féérique mais non moins capiteux de "Douce Nuit", rien que ça, pendant les dernières secondes du disque brusquement grosses de regret, de mystère ravivé et de langueur. Ce qui en fait un peu plus, et autre chose, que ce qui était déjà probablement l'un des meilleurs albums - à part ou avec ceux de Mombu, eux aussi un peu autres - dans ce style si prisé en Italie et si balisé. Et pour le coup on adhère, sans retenue ni l'avoir vu venir, à cette mythologie extra-terrestre qu'ils se sont inventé autour - tant pour l'aspect potache de la chose, que pour celui de cartoon qui fait peur.

Alors après, si ça peut leur faire plaisir de jouer une nouvelle fois les coglione, et rendre un hommage visuel aux Sex Pistols, autant vous dire que c'est peccadille.


jeudi 14 juillet 2016

Pharaoh : Negative Everything

Tiens, j'avais jamais remarqué, ce mirage qui sous certains angles lui donne des miroitement mêlés de Godflesh (celui des jours sans aucun funk, ultra-dépressifs à faire passer le premier Jesu pour... oh puis la flemme de chercher), Darkthrone et His Hero is Gone.
La complainte du bunker abandonné à la nuit du pôle. Le truc casse-tête à ranger sur les étagères, plausible autant (c'est à dire jamais tout  fait) dans le hardcore funèbre - Planes Mistaken for Stars, Daggers, Tortuga - en plus funèbre encore, que du côté du black metal le plus lugubre. Forte est la démangeaison de botter en touche vers la cold-wave piquetée d'industriel. Car passés la surprise et l'émerveillement des premières fois, la poussière une fois prise, l'album reste le même inquiétant étranger, si vous voyez ce que je veux dire.

Wreck of the Hesperus : Lights Rotting Out

On sera volontiers d'accord, même moi : combiner Godlfesh et Neurosis, depuis qu'on est passés de Neurosis, qui comptaient au nombre des rares groupes ayant bien digéré leur révérence justement pour Godflesh, à Isis, cela n'a plus rien d'excitant, mais tout du contraire.
Sauf que Wreck of the Hesperus, si l'on veut être plus spécifique puisqu'après tout le diable est dans le détails, combinent le visage le plus cauchemardesque de chacun des deux : chez Neurosis la veine Through Silver in Blood (cauchemars ophidiens, d'accord), et chez Godflesh Selfless surtout, mais on pourra trouver un peu de Streetcleaner aussi.
Sauf, surtout, que Wreck of the Hesperus jouent cette combinaison comme si elle l'était par des zombies ; car ils comptent eux aussi, au moins sur leurs albums, au nombre de groupes rares, ceux qui vous laissent une marge quasi-nulle pour imaginer des mecs qui jouent leur disque, même en bricolant une image mentale particulièrement pétée et surchargée : la suspension d'incrédulité, on appelle ça ; difficile de trouver l'espace, le sol psychologiquement stable et rationnel pour avoir des sensations autres, pendant Lights Rotting Out, que celle de la forêt pourrissante en hiver, les pieds nus, la voracité la plus vile et abrutie, l'hallucination sur une base quotidienne, à la ramasse et sans début ni fin, et la maladie - nous y voilà, vous pouvez le dire, à pieds joints dans un autre poncif, et qui là encore au lieu de nous les poncer laisse peu d'autre choix que d'en embrasser sans la moindre réflexion l'impression massive, palpable, de la respirer comme l'on se collette avec un fruit farineux et blet enfoncé entier au fond du bec.
Enfin, la partie Neurosis-Godflesh, ça vaut surtout pour "Cess Pit People" ; parce que "Kill Monument", ce serait plutôt quelque chose entre Stream from the Heavens et Mental Funeral, touillé avec pas mal de Toadliquor mais surtout de Skitliv, pour un résultat étonnamment (tant que ça ?) homogène de pornographie dégueulasse et pathétique.
ce n'est d'ailleurs pas la moindre des bizarreries, d'un disque d'un style adorateur du bizarre au demeurant, mais qui généralement en adore une forme, et servir quatre fois peu ou prou le même morceau de diarrhée d'un quart d'heure, histoire d'être sûr qu'on a bien appris à reconnaître sa bizarrerie et son univers trop bizarre et obsessionnel - que cette façon de présenter chaque morceau des visages assez différents, comme d'étranges grimaces, aux finalités rien qu'un peu obscures et un peu embarrassantes bien entendu ; d'ailleurs, quant au "The Holy Rheum", cette fois c'est Bloody Panda qui s'y fait tripoter par l'infâme Skitliv (à bien y regarder, il était déjà là à fureter un peu tous les scrotums sur "Cess Pit People"), qui aimerait bien jouer au docteur à la Eyehategod, mais a le cerveau tellement carbonisé par la colle qu'il ne parvient jamais à se montrer aussi, a-hem, tonique et créatif que les sémillants Louisianais ; à la fin, n'importe quoi pour n'importe quoi, débarque S.A.S Sami Albert Hyninen, qui traverse la scène obscène comme une sorte de Don Quichotte new-wave somnambule demi-fantôme : ne cherchez pas à comprendre, vous n'y arriverez pas et ça ne gêne pas le plaisir, dans la façon dont Wreck of the Hesperus le propose en tous les cas.
Ce sont probablement toutes ces qualités qui font de Lights Rotting Out un disque fait à la guitare-basse-batterie qu'on ne peut s'empêcher de voir comme... de l'industriel, y a guère d'autres mots pour ce type de bâtard difforme, fait de rituel, d'horrifique, de gothique, de nô, de torture, de hideur, de chambre froide...

mardi 12 juillet 2016

Inter Arma : Paradise Gallows

Post ? Un peu, mon neveu - ça veut bien dire au-delà ? L'Encyclopedia Metallum dit "blackened" à leur sujet mais ce que trouverez de plus noiraud ici sera au minimum une ressemblance avec un disque produit par Colin Marston, au maximum un joué par Colin Marston ; post-hardcore bien au-delà de cette absurde idée de se croire hardcore - Neurosis, blablabla, vous connaissez mes rengaines - et ayant embrassé avec fougue sa nature metal, voire heavy metal, voire Zakk Wylde full throttle, post-heavy à fond les bananes, album tenant autant de Voices of Omens que de Luminiferous, post-High on Fire (qui d'autre, évidemment ? qui d'autre pour savoir jouer cette espèce de metal total, capable de tout y compris d'évoquer Morbid Angel à la bande-son d'un Terry Gilliam ?) incandescent qui se déguste en le laissant ruisseler partout sur les babines, les doigts et la table, comme le plus succulent des hamburgers Guy & Sons - saveurs fumées, cheddar vieux et pain brioché. Paradise Gallows est bien au-delà d'un sacré foutu paquet de trucs, mon petit pote, le "bon goût" (il est bien question de lui, tiens : goûte-moi donc ça, et reviens qu'on discute du post-expressions obsolètes jusqu'au contresens) et ta blase au tout premier rang.
Énorme au sens propre comme au figuré. Pisse-froid s'abstenir. Amateurs de plaisir pur et d'or en barres de préférence aux chocolatées, venez à nous.

samedi 9 juillet 2016

Huren & Kareem : 1995 - 2000

Apparemment, Miro Pajic a été approché pour concevoir une nouvelle bande-son à une nouvelle version, ambient et encore plus en tension, du premier Terminator ; comme il avait un peu peur de faire quelque chose de trop four-to-the-floor (sérieusement, Miro ? qui crois-tu qui peut danser sur tes morceaux, à part des zombis au cerveau vitrifié par le spécial K ?), il a discrètement passé quelques coups de fil à Dirk Ivens et Scott Sturgis pour se faire aiguiller, et devant le résultat final la confusion entre les trois est parfaite.

mardi 5 juillet 2016

Godlesstate : Godlesstate

Pour faire directement dans le sensationnalisme : un terrain de dialogue entre Memorandum, 69dB, et les musiques venues de pays plus ordinairement associés au terme de "brousse". D'ailleurs, en passant, est-on si éloigné des disques de Cut Hands - l'intention franche de nuire mise à part ?
Patrick nous donne la suite de ses pérégrinations dans les brousses de l'imaginaire, donc, et de Headless/Let the Moon Speak. en terres cette fois quelque peu plus obscures.
L'impression d'être de nouveau dans les années 90, lorsqu'on découvrait Mercantan, Inanna, Memorandum, Deutsch Nepal, lorsque ce qu'on se mit ensuite à appeler les groupes Cold Meat Industry, en levant un peu les yeux au ciel pour partager une complicité un peu embarrassée, ne désignait encore qu'une grosse dizaine de disques tous uniques en leurs genres respectifs, et aussi les Hybryds, Orphx et Sigillum S... Ou presque, puisque rien ici ne sonne comme une répétition du passé mais bien, ainsi qu'accoutumé avec Pat O'Kill, comme un présent vivace, bien aiguisé, haletant, et puis aussi que depuis longtemps Monsieur suit sa propre voie, tissée d'essences assez peu usitées à Linköping, et que son mystérieux indus-rituel (il n'y a qu'à intervertir quelques lettres, après tout, et comme au bon vieux temps industriel et occultisme marchent main dans la main vers l'autel d'ossements) à lui se confond sans jamais aucune couture visible ni surimpression, avec la plus fine et aventureuse ambient-techno - on en chercherait presque des figures de style où placer l'Atlantide et des formes de technologies païennes avancées, ou un truc du genre, si ce n'était légèrement ringard et donc du dernier hors-sujet concernant un disque de Leagas.
Quelque part entre d'autres maîtres qui ont pour nom Dirk Ivens, Bryn Jones, Mikael Stavöstrand, Peter Andersson et Peter Andersson, Patrick Leagas est tout simplement un grand sculpteur sur bruit.

mercredi 22 juin 2016

Suicide Commando : Black Flowers

Encore un, à ce qu'il semblerait (je crois que cela faisait des années que je l'entendais dire sans avoir jamais pris le temps de vérifier) qui a connu son pinacle créatif dans ses démos. Les eussé-je acquises alors, que je serais probablement parfaitement heureux de continuer d'en user la bande magnétique, hein ; mais aujourd'hui il est à la fois encore plus savoureux, et un peu déprimant, de voir quelle renommée imméritément boursouflée Johann Van Roy le fâcheux a dû d'abord acquérir, et quelles quantités d'albums effarants il aura fallu qu'il nous inflige, pour enfin parvenir au statut où il est un Artiste qui mérite qu'on réédite dans un luxueux format compact disc ses supposées œuvres des années vertes - lesquelles, on l'a compris, méritent à  nos yeux bien mieux ledit luxe, que ces purges d'albums évoquées.
Oui, ce sacré Van Roy chipait alors tout chez Dive et The Klinik, en y rajoutant juste un peu de cette mufflerie dark-schleu à la Rudy Ratzinger (qui lui-même l'avait volée à Leaether Strip, c'était sa façon à lui de rendre son vil détroussage du travail de Dirk Ivens moins patent) - mais cela suffisait, et du coup le format démo lui aussi suffisait, voire sublimait le sinistre minimalisme désespéré et hyperglauquophile inhérent au style : double ration de misérabilisme ; c'est bien ce qui coince dans la carrière album de Suicide Commando (tout comme, tenez, chez Shining) : les effets spéciaux, les finitions glacées (mais comme le papier et non comme la morgue abandonnée), le luxe de détail, appliqués à une musique en soi simpliste, dont le propos même est le dépouillement, et qu'en particulier le patibulaire Johan Van R. a capacité pour ainsi dire nulle à interpréter en compositions subtiles. C'est ce qui fait le peu de qualité qui survit encore péniblement dans Critical Stage : la candeur de morceaux simplistes, même si déjà plus emo et donc gonflés de prétentions.
Poursuivons même dans la générosité : on pense ça ou là à la période - dépouillée et succulente, elle aussi - Tchernobyl de Front Line Assembly, nommément Gashed Senses & Crossfire, ou a des machineries bien affreuses et sordides de chez Philippe Fichot. Et on salive à l'idée, difficilement répressible en écoutant Black Flowers, du pauvre James Kent se retrouvant coincé au fond d'une impasse déserte et pisseuse, et se retournant pour entendre ces morceaux-ci qui clopinent, clapotent et rampent vers ses mollets frais et tendres.
Bon, après, ce n'est pas parce qu'on nage ici à distance des eaux de l'effarante nullité-vacuité que la suite de Suicide Commando ne partage guère qu'avec Hocico, que pour autant plutôt que ce disque on ne préfèrera pas sdégainer, dans le genre d'une musique factuellement proche et qui pourtant pour sa part ne laisse jamais songer à ses influences plutôt qu'à elle-même, un album de Second Disease, ou carrément, si l'on est déloyal et pour l'emploi excessif de la force, Putrefy Factor 7 ou Mortal Constraint.
Mignon reste, encore et toujours, l'épithète la mieux appropriée à Johann Van Roy.

samedi 18 juin 2016

202 Project, 16/06/16, Up & Down, Montpellier

Musicalement : ce n'est pas réel, ce que cet homme fait avec sa guitare,  et trois pauvres pédales en plus - quand on pense au tapis d'un Greg Chandler...
Vocalement - et physiquement - lunaire, pensez à Jacques Brel et Jimmy Scott, mais aperçus en train de grimper les contreforts de l' Anapurna, depuis plusieurs centaines de mètres de distance. Une exécution qui ressemble à une électrocution d'une lassitude infinie et sensuelle.
Binaire, Pornography, le blues, par moments presque une forme de Kill the Thrill de pèlerin famélique du désert septentrional  : on le sait. Si vous ne le savez pas, si vous n'avez toujours  pas au moins essayé de voir 202 Project en concert, votre vie est un large mais triste gâchis. Vous vous démerdez avec le reste. C'est qu'en plus ce fichu escogriffe par-dessus le marché vous vendrait des consoles d'enregistrements à lampe (la moitié de la Bretagne sous forme d'écoles désaffectées, aussi), et l'idée que sa musique n'est l'oeuvre que d'un gaga du son et du matos - modestie quand tu nous tiens... Le son de 202 Project est magique, ça ne se discute même pas, sacré foutu bandit d'alchimiste (en conclusion, il m'a refait l'hallucinant tour de l'autre fois, à m'avaler sans prévenir dans le trou noir le plus réconfortant et fœtal de l'univers)... mais ses chansons et sa voix, excusez !
Ne pense même pas une seconde à te demander ce qu'il fait sur une affiche avec Sink - en vérité ces deux machins-là sont bien les seuls à pouvoir se parler - et ne t'avise pas de la louper si elle passe près de chez toi.

vendredi 17 juin 2016

Haust : Bodies

Bodies, c'est l'histoire d'un groupe de black metal, qui n'existe déjà pas tellement il est ravagé, mais un croisement, avec un bon patrimoine de vainqueur, qui cumule tout ce qu'il y a de plus dégénéré chez Absu, Mayhem, Ride for Revenge, Khold, Carpathian Forest : vous situez le genre - et qui tombe au coin d'un bois, pendant une maraude l’œil allumé et l'estomac en bandoulière, sur les Virgin Prunes, tout affairés à répéter If I Die I Die.
Comme on fait son lit on se couche, ou un truc du style, et à l'image du loup dans les comptines, les pandas se frottent les mains, se pourlèchent les babines, et s'apprêtent, en gloussant de vilains ricanement de vargs norvégiens, à tomber à bras raccourcis sur l'autre bande de travelos pour les boulotter tout crus.
Plusieurs heures plus tard, c'est épuisés qu'on les retrouvera, mais incapables de s'arracher à une partouze cannibale plus infâme que n'importe quoi qu'ils aient jamais pu rencontrer dans leurs vies de chevelus convaincus d'être au top de la dépravation et de l'ordure ; ébouriffés de découvrir à quel point "païen" est un truc encore mieux même que ce qu'on leur avait toujours raconté, bien moins encombré d'obligations de médiévisme et autres fétichismes un peu ridicules, et bien plus toxique et décapant, aussi.
Les yeux leur sortent du crâne, le cœur des lèvres, et tout ce qu'ils ont de meilleur comme passion et feu essentiel au fond d'eux de leur dégouliner en purée scintillante par les oreilles, tout naturellement, tandis qu'ils dansent comme des derviches cul-de-jatte avec les enfants-loups en pleine célébration du Grand Crotalito.

Si tout ceci est trop ésotérique pour vous, dites vous que, sous le cruel et impitoyable regard des sciences exactes, Bodies est à l'intersection de Songs about Fucking, Monumental Possession et Iron Fist.

dimanche 12 juin 2016

Sanford Parker : Lash Back

Toutes ces années à baver sur le pauvre Sanford, le mal qu'il fait partout où il passe... pour enfin réaliser, à l'annonce de cet album solo, qu'en dehors de Buried at Sea, dont les disques d'avant la reformation ne sont tout de même pas à passer par l'inventaire à la Jospin, quels sont-ils, au bout du compte, les groupes auxquels on peut réellement l'affilier comme membre central, et non plutôt comme producteur-instrumentiste-consultant, en CDD ? D'où l'on commence rien qu'un peu, avant d'avoir entendu le disque, à se sentir intrigué, et se dire que Monsieur n'a peut-être toujours pas dévoilé son jeu après tout.
Banco, coco. Il s'avère donc que le truc de Sanford, c'est la techno (aujourd'hui vous dites "electro", car d'après ce que j'ai fini par mettre bout à bout, pour vous "techno" cela désigne le caca commercial kilométrique pour clubbing plus ou moins estival et non-mélomane... bref : pour moi le terme n'est pas un jugement de valeur, mais il suffit de se mettre d'accord sur les mots, ne nous fâchons pas). Et qu'il n'est - on commençait aussi un peu à être capable de se l'avouer, au vu de certaines réussites successives) - pas pour rien ni par erreur présent sur certains albums particulièrement précieux de Scott Kelly. Oui, Monsieur Parker est peuplé de visions de ce qu'on appelait techno industrielle vers la fin des années 90, quelque chose comme du Ant-Zen onirique - courant où Ant-Zen eux-mêmes ne m'ont jamais convaincu, mais probablement pourrait-on à juste titre ici se remémorer plutôt l'album final de Mental Destruction (et  non pas la suite, décevante, avec Azure Skies, sortie justement chez... Ant-Zen : tenez, pendant qu'on est à solder tout ce qui nous est resté en travers avec le label au fil des années : on pense ici ou là sur Lash Back aux Scorn de la période Ant-Zen, mais qui auraient gardé la flamme dévorante au fond du ventre) ; une manière de Converter ou Pain Station discrètement infusé, par vagues lascives, de cette humeur lessivée, au visage tourné vers la blanche brûlure du ciel septentrional, comme peut seul l'être le très bon post-hardcore - le seul qui s'écoute - voire carrément Jesu lorsqu'il est (très) grand ; Monsieur Parker est un sculpteur du bruit mystique, un des rares sorciers qui me font aimer le power electronics, en font une chose délicate, raffinée, poétique, où s'abîmer dans la songerie, la contemplation, à transformer le bruit en morceau de Faultline, les émotions en paysages stratosphériques (ici on pourrait facilement glisser une amabilité à l'attention de Terminal Sound System), à faire vibrer les aventures abstraites qui sont le propre de ces musiques-là ; pour faire bonne mesure, il faudrait encore, et plutôt que Scorn, invoquer les bien plus hybrides Silk Saw, en particulier leurs surnaturels deux premiers albums, et le retors Imaginary Forces : c'est, malgré ses airs cultivés et bien élevés, la famille authentique de la musique de Sanford Parker, libre d'étiquetage et d'entraves idiomatiques, qui vaque à sa guise dans les marées du ciel comme dans les mangroves, le nez au vent, le trot souple et félin, l'attention nonchalante, doucement fuyante comme les nuages, ambiguë comme une impossible intersection entre Inade et Scar Tissue.
Allez, pour délaisser rien qu'un moment les références de vieux con : Ben Frost qui saurait être mystérieux (et non pas cryptique), ça vous parle ? Autant dans les moments de plus grand polaire minimalisme que dans les frissonnantes envolées new-waveuses, lorsqu'il se met à ressembler de loin à une manière de Mondkopf dolent, laconique et mélancolique, se faisant un rien moins abstrait - manifestant, fatalement, son génotype d'enfant de Neurosis : il reste sobre, économe, elliptique, méditatif, faisant de cette sensibilité barbue une simple richesse de plus sur sa palette, qui reste canalisée à travers une méticuleuse science du beat - non pas se conduisant comme voiture-balai mais comme explorateur - qui lui aurait parfaitement valu sa place hier sur le label Mille Plateaux ou Ad Noiseam.
Probablement tout cela explique-t-il comment Lash Back peut ainsi s'avérer un disque qui vit et va sa propre vie, à la façon d'un animal sauvage, et dans le même temps infléchit commodément ses sinuements grinçants et feulants pour vous y laisser glisser la votre, avec hospitalité, l'y couler en ses creux comme contre un sein plein d'instinctive et muette empathie, pour y dormir pelotonné, et rêver douillettement.
"Je suis le chat qui s'en va tout seul, et tous les lieux se valent pour moi", disait le poète.

vendredi 10 juin 2016

Nails : You Will Never Be One of Us

Du petit peu que j'ai entendu de leurs nombreux groupes, et dont Nails est le troisième : une musique typique des frères Machin : parfaite pour faire du sport.
Moi, comme je n'en fais pas, lorsque j'ai besoin de ce type de son - grind avec un gros CORE mais aussi un gros GRIND, ou plus poétiquement, comme l'a dit le poète : lorsque "j'ai envie de me sentir comme dans un conduit d'aération à travers lequel on enverrait de la merde de porc à 10,000 bars de pression" - je préfère écouter directement un Pig Destroyer, c'est mieux garni en cette cruauté gratuite et disproportionnée qui est, davantage que le sport, ce que je viens chercher dans le metal : la catharsis, tout ça. Et lorsque je veux du Pig Destroyer héroïque, je mets Phantom Limb ; pas le ci-devant version épileptique d'Origin.
Puis même quand je faisais du sport huit heures par semaine, je préférais Kickback.

lundi 6 juin 2016

Sumac : What One Becomes

Pour une fois, j'ai envie de trouver qu'on ne fera pas mieux, pour décrire le phénomène ci-contre, que : "post-metal". Enfin, pour être exact, deux ; la première, c'était pour Secret House de Jodis : comme on le sait, Aaron Turner était également dans le coup et c'est l'un des meilleurs disques à compter dans cette catégorie - ceux avec Aaron dans le coup.
Il faut reconnaître à cet homme une qualité autre que celle de tête de Turc toujours toute trouvée : celle d'incarner à merveille - et ce, car je vous vois venir, non comme un phénomène de société ou une victime de la mode, mais par son œuvre, au sens le plus actif - le délicat préfixe. Quoique, à y songer, "alter" soit peut-être plus approprié, ou nuitdebout-core.
En l'espèce, on est tellement dans le post- que cet album de Sumac fait tout d'abord penser à un genre de Godflesh qui nous viendrait du futur ; d'un futur apaisé comme l'un de ces films de science-fiction où les teintes blanches et fleur de lait prédominent, pleins de gratte-ciel immenses aux silhouettes de longilignes pédoncules, de véhicules individuels volant sans bruit aucun dans un écosystème gouverné en paix par l'homme - enfin, vous voyez ; un genre de version crémeuse de Greymachine, vaguement re-tonifiée par une perception typiquement hardcore new-school (voire new-new-school - post-new-school ?) des choses, qui peut paraître gâcher tout le potentiel vitrificateur attendu de cette musique supposée sans pitié - et pourtant étrangement parente, justement, de celle du premier Jodis, porteuse de la même étrange sensation de vide post-mortem (qui était un peu à l'intersection de Sink avec Troum) apaisant comme, a-hem, l'océan, tout se recoupe, vous voyez ?
Du coup, What One Becomes, avec sa façon de partir genre TRÈS haut dans une expérimentation conceptuelle disproportionnée à son metal de matériau tout en sonnant tout du long comme si c'était fait dans une totale dévotion au non-sens bourricot 200% candide, s'avère être à peu près ce que, sans aller évidemment jusqu'à se l'imaginer aussi précisément (à quoi serviraient les artistes, sinon ?), l'on a toujours attendu, disque après disque (oui : on est un peu neuneu, à ses heures) de Black Sheep Wall - d'autre qu'Admiral Angry, s'entend ; pour autant que l'on admette qu'il reste encore quelque chose à dire et une place à prendre, dans la petite fenêtre de tir émotionnelle de cette incongruité qu'est l'abstract-beatdown : celle de la version détachée, lavée (Jodis, a-t-on dit, et on en retrouvera là les effluves de baléarique drone-americana bien plus puissamment apaisants que l'éreintant Oceanic de qui l'on sait) de toute colère, de la chose.
Si on y réfléchit, d'ailleurs, c'est d'autant plus normal à la lumière de l'impression première qu'on a eue devant la chose, que cela vient confirmer : davantage qu'avec le "hardcore" des groupes dont viennent les membres de Sumac et dont on retrouve évidemment des traits, What One Becomes a des choses à discuter avec Selfless, dont il paraît un descendant d'un futur lointain mais non moins certain, sous les fleurs blondes de sa barbe éco-amicale. Un descendant qui, avec la teinte dévitalisée de ses guitares et de son éructation, semble ne chercher pas une seconde à être sombre, pas davantage qu'il ne semble pétitionner, comme tous les innombrables emmerdeurs de Rosetta, Old Man Gloom, Isis, Atlas Moth et que sais-je d'autre encore comme abjections envers l'univers, la moindre emphase épique de l'homme confronté à la sensation des éléments et tout le tremblement. Sumac paraît véritablement seul dans sa bulle imaginaire, très loin de tout, bien au-delà de toute course au désaccordage thermonucléaire - sauf à imaginer le fameux chercheur fou qui, resté trop longtemps à tripatouiller ses boutons à la recherche de la dite arme ultime, a fini par la trouver par erreur et faire péter toute la planète dans la seconde, et se retrouve là comme un nigaud le seul à pas s'être aperçu qu'il n'était plus qu'un tas de cendres même pas dispersées tant la fulgurance du machin a été aveuglante - et continue à se gratter la tête et griffonner des calculs avec le doux sourire soucieux du savant fou, à l'appétit inextinguible de questions qui va avec.

Enfin, tout ça pour dire, vous l'avez compris : encore heureux qu'ils ne m'en font pas passer à la médecine du travail, des tests de Rorschach.

Parce que le problème, évidemment, c'est que tout ce que vous venez de lire ne se rapporte qu'à quelques écoutes obsessionnellement focalisées sur Aaron Turner et à ce dont elles ont déclenché le feu d'artifices de fleurs de cerisier dans mon imagination.
Mais l'on ne peut ainsi éternellement parvenir à ignorer qu'il y a deux autres musiciens avec lui, et qu'ils ne le voient pas de cet œil ; le guitariste surtout, qui a joué dans Botch et These Arms Are Snakes, ce qui s'entend : sur du Botch ou du These Arms Are Snakes, cela ne poserait pas de problème ; sur du Black Sheep Wall, en revanche... Cette aérienne guitare a un peu l'effet d'un malencontreux courant d'air sur le sus-mentionné homme de cendres.

dimanche 5 juin 2016

Årabrot : The Gospel

J'attends à présent avec une vive impatience l'album "coming-out de mes racines goth" de Megadeth, et celui de Shellac. Au suivant, traînez donc pas Monsieur, vous ne voyez pas que vous gênez l'avancée de la file ? On a des gagas de Bauhaus de très longue date, qui souhaitent faire enregistrer leur dossier, maintenant que la chose est dépénalisée...
Après le kraut et Carpenter, le goth : qui l'eût cru, il y a encore dix ans ? Enfin, dans le cas d'Årabrot, c'est toujours mieux que l'interminable litanie de disques (mini ou maxi) uniformément braillards, sulfuriques et apoplectiques, qu'ils nous ont infligé sans aucun motif crédible, ni le moindre crime de notre part, depuis leur second album.

Vous en voulez une description moins gotho-centrée ? Allez :

"Tout en se curant distraitement le nez, le mioche relut le sinistre et barbare énoncé :
'En utilisant uniquement des citations des ouvrages de The Birthday Party et The Velvet Underground étudiés dans le programme de l'année écoulée, et en vous référant à la fiche technique ci-après, vous reconstituerez entièrement un album des Melvins, qui seront au programme de l'an prochain si vous passez en Cours Élémentaire.'
Plissant le front, le petit se mit à remplir sa copie, en commençant par le nom dans la marge en haut à gauche : Jim... G... Thirlwell."

Okkultokrati : Snakereigns / Night Jerks

Les deux albums viennent de ressortir sur un seul cd.
Le visuel est très bien, magnétique, et en impose sans ménagement, comme toujours avec eux - mais assurément pas au point de faire le deuil des deux d'origine, au moins à mon sens, et toujours selon celui-ci, sans avoir tenté l'expérience, écouter les deux à la suite doit un peu mettre la tête comme un compteur (si vous avez déjà entendu la voix de leur chanteur, et êtes capables d'imaginer des guitares hybrides de Darkthrone et Clockcleaner, vous voyez de quoi je parle).
N'empêche, joli objet.

Okkultokrati : Night Jerks

Je lui reprochais son manque de tension. L'honneur est sauf, je n'ai pas changé d'avis sur cette absence ; seulement sur ce qu'elle me fait.
Il y a quelque chose à ce disque après tout, conformément à la pochette qu'il se permet d'avoir. Pour ne pas avoir l'air ridicule et risquer de se prendre les pieds dans le tapis persan tapageur qu'on a soi-même tissé, on va laisser de côté cette fois toute considération de goth/pas goth, et de leur sous-texte Pif/Hercule toujours menaçant en germe. On remarquera juste qu'on pense à Clockcleaner, et chacun en fera ce que de droit.
Il y a quelque chose justement dans cette absence de tension d'une musique de toute évidence embourbée dans les ambiances d'alcooliques ; chose qui en fait une musique de monologue, une musique de solitaire, un dont on ne saura jamais s'il est dangereux pour ses congénères ou pas, puisqu'il n'y a aucun risque qu'il en rencontre ; le monologue d'un être nocturne au cœur d'une nuit dont on ne sait si elle est déserte parce que tout le monde dort, ou parce que toute la population a fui vers des latitudes plus méridionales et moins dégénérées depuis un an déjà, sans que ledit monologueur ait jamais suffisamment émergé de sa cuite permanente pour le remarquer ; une musique sourde et lourde, stagnante, comme un épais brouet de pas grand chose, qui rôde en grommelant des idées d'un noir terne et sanguinolent adressées à rien, que l'abîme, le trou au milieu de la pièce de son propre esprit ; une musique de vieux clébard aveugle qui se lèche les plaies, blotti au fond d'une canalisation d'égouts, à se raconter avec une passion empâtée comment il donnera à chacun son dû, enfin venu le temps de sa splendeur ; tragique soliloque auquel le quart d'heure final, instrumental et austère, donne un contexte en plan large chargé de science-fiction mystérieuse (et menaçante bien entendu).
Après, vous connaissez le topo : je vous fais pas tout le film, de toutes les manières on a compris qu'il était solidement nordique, et donc qu'il ne s'y "passait" pas grand chose, et que l'essentiel se nichait dans les ombres de la suggestion et ce qui pourrait ou aurait pu être - une réelle part d'irrésolu, après tout.

samedi 4 juin 2016

Okkultokrati : Snakereigns

Midi, la porte, l’œil et la poutre. J'ai, sans auto-dépréciation faussement modeste, dit largement plus que mon poids en conneries - et j'ai pas fini ; mais j'ai lu, sur RYM, de ces billets sur Okkultokrati, qui les décrétaient, avec un péremptoire mépris pour toute hypothèse de l'inverse, définitivement purs de toute trace d'essence de black metal "hormis bien sûr la nationalité"...

Je veux dire, Snakereigns est un cocktail, outrageusement chargé, de Darkthrone, The Stranglers et Unearthly Trance : où est-ce que vous voyez un interstice pour mettre plus de black et de sang noir, vous ?

vendredi 3 juin 2016

Horse Latitudes : Primal Gnosis

"Que de chemin parcouru !", comme on dit dans les milieux spécialisés... Que l'on songe seulement aux débuts du groupe, et de son sympathique quasimodoom plus ridicule que réellement beau dans sa difformité boiteuse ; et que l'on contemple... ceci. Cette prodigieuse et terrifiante chose.
La meilleure façon possible de s'inspirer de Reverend Bizarre, lorsqu'on ne s'appelle pas soi-même Sami ? Comme si qu'Opium Warlords, à force de chercher l’illumination et l'Esprit imprudemment tout seul sur les hauts plateaux, qui ne sont pas désertés par la vie sans raison, avait finir par faire une mauvaise rencontre - le fameux ours des cavernes-garou - et voici donc contée l'histoire de sa lente et horrible incubation. Croyez-moi, ils se sont pas inspirés du film avec Jack Nicholson. Qui dit Opium Warlords dit religieux, et pour sûr Primal Gnosis est aussi imposant rayon austère terreur sacrée, qu'une version aussi médiévale que brutale de tout ce qu'a tenté Swans depuis Soundtracks for the Blind... Joy Division, Beherit et Burzum s'y font engloutir dans l'immense nuage noir d'orage qui s'amoncelle au-dessus du sommet du monde, dans cette sorte d'aïeul mythologique de l'hiver nucléaire ; le doom qui dévore tout, dans une gaieté générale digne d'une version rituelle du Berserk de Kentaro Miura.
On va pas s'éterniser plus que nécessaire : vous l'écoutez, c'est tout.