mercredi 4 avril 2018

Napalm Death : Apex Predator - Easy Meat

La magie Napalm Death parvenue à un nouveau sommet.
Ou comment un album où le grindeath se laisse saturer, à en devenir aveuglant, de ce qu'il y a de plus inhumain, émeutier, politisé et apocalyptique chez Ministry - "Stigmata", NWO", "TV II", vous voyez le genre - et bétonner-armer de ce qui se peut trouver de plus monumental, totalitaire - et inhumain - chez Red Harvest, auxquels décidément l'on finit par penser, davantage qu'à Godflesh, devant tous les fameux morceaux ostensiblement industriels et religieux de Napalm Death - "Morale", "Omnipresent Knife in your Back", "Atheist Runt" et ainsi de suite : le taux de ce type de morceau est assez fort sur Apex Predator... Et se retrouve à sonner plus punk que jamais. Oh, punk Napalm Death l'a toujours été, et rarement dans la honte ou la dissimulation, mais ici c'en devient presque douloureusement lumineux, presque éclatant d'un espoir, d'un idéalisme, d'une humanité que l'inhumanité toujours plus aigüe des riffs et des beats, eh bien, ne fait que rendre, précisément, plus aigüe et irréductible ; un idéalisme qui, bien sûr, n'a rien d'optimiste ou de sentimental ; un idéalisme comme une maladie mortelle, affuté comme une lame de coupe-chou au cœur d'une charge de CRS ; encore épuré, libéré de ce qu'il y avait de malveillance metal-primordial (le seul métal que l'on rencontrera dans Apex Predator est le brut, tout juste façonné afin de trancher dans la masse, sans un seul traitement pas même contre l'oxydation, à laquelle il est laissé ouvert pour se patiner) dans un Order of the Leech qui ne s'entamait pas pour rien sur un morceau beuglant "Procreation of the wickeeeeeed" (qui plus est à la faveur d'un ralentissement reconnaissable entre mille), et dont on est parfois presque proche ici, dans l'attaque effroyablement directe, pure, acide des riffs grumeleux et néanmoins furieusement torrentueux, ressemblant presque tous à des charges de la sélection All Black du Tri-Nation 2057 - par des joueurs sculpté comme des machettes sur pattes, et capables de pointes de vitesse abominables. Le disque entier sonne comme en transe, une vraie - et nouvelle - transfiguration. Une lumière, celle du matin blanc, celle de l'électrocution, celle de l'éveil, celle de l'urgence immédiate et vitale que Napalm Death ne se lasse jamais de sonner. Et je ne pense même pas à "Hierarchies" en écrivant tout cela - mais essayez de regarder le disque dans cette clarté et vous verrez que tout ce qui peut paraître étonnant sur celle-ci, ne l'est en aucune manière.
Mais en somme, tout cela n'est que pure logique : l'industriel, après tout, est-il autre chose qu'une excroissance (je vous laisse choisir la métaphore cancéreux ou radiochimique qui aura votre prédilection) du punk ? Moi j'ai déjà sauté le pas : mes Napalm Death viennent de quitter le rayon où ils cotoyaient Pig Destroyer et Waking the Cadaver, pour rejoindre les étages de Sonic Violence, The Body et Godflesh.

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